Rapport d'activité 2010

Les collections

La conservation et la sureté des collections

Mission essentielle de la BnF, la conservation concerne l'ensemble des collections. Préventive, elle a pour but de protéger et de prévenir la dégradation des documents ; curative, elle restaure, répare, maintient, consolide ; de sauvegarde, elle désacidifie les collections ou les désinfecte et développe des programmes de micro-reproduction ou de numérisation. Les activités de conservation sont réalisées sur tous les sites de la BnF, soit au plus près des œuvres par les départements de collections eux-mêmes, soit dans les services et ateliers spécialisés du département de la conservation, soit enfin par des prestataires externes dans le cadre de marchés.

Finalisé en 2009, le document-cadre sur les « Orientations et objectifs stratégiques de la politique de conservation de la Bibliothèque nationale de France », réaffirmait l'importance d'une évaluation de l'état des collections patrimoniales pour fonder cette politique sur des bases scientifiques. Ce projet d'évaluation, basé sur l'utilisation de la norme spécifique NF Z 40-011, a été l'occasion cette année d'importants échanges entre les services concernés, permettant de définir des actions ciblées, qui devraient être mises en œuvre en 2011 :

- les « livres-jouets » du département Littérature et art : étude sur les procédés les plus adéquats de marquage et de conditionnement ; étude des matériaux constituants du point de vue de leur stabilité dans le temps et de leur interaction sur l'environnement ;

- le fonds d'affiches de la Seconde Guerre mondiale de la Réserve des livres rares.

Les activités de conservation en 2010 se sont maintenues à un très bon niveau : en tout, 222 000 documents sont passés par les ateliers du département de la Conservation pour être soit traités en interne soit envoyés chez des prestataires extérieurs pour des travaux de reliure, restauration, désacidification, désinfection ou conditionnement.

La conservation préventive

Mouvements, rangement, amélioration des conditions de stockage

Outre les opérations ordinaires de magasinage destinées à accueillir les accroissements et à assurer les conditions d'une bonne conservation préventive des collections, les départements de collection procèdent à des aménagements et des redéploiements, qui permettent de rationaliser les espaces disponibles. Comme en 2009, les départements spécialisés, sur le site de Richelieu, ont connu cette année une intensification des opérations de magasinage, de dépoussiérage, de reconditionnement et de transferts, en rapport avec les déménagements et transferts liés aux travaux du quadrilatère.


La reliure mécanisée et le conditionnement

La reliure mécanisée des collections patrimoniales est l'un des instruments principaux de la politique de conservation préventive, de même que le conditionnement des documents en magasin qui permet de prolonger les bénéfices des traitements de maintenance et de restauration ou de protéger des documents  abîmés en attente d'un traitement.

Le nombre d'ouvrages commandés pour reliure est de 41 779 pour l'année 2010 soit une augmentation de 5% par rapport à l'année précédente (57% de monographies et 43% de périodiques). Les commandes pour les départements spécialisés représentent 8% du total.

Par ailleurs, 15 186 boîtes sur mesure ont été réalisées par l'atelier équipement léger et maintenance, en augmentation de 6% par rapport à 2009.

Dépoussiérage, contrôle sanitaire et désacidification

Le dépoussiérage, traitement préventif indispensable, est une activité régulière des départements. Avec les travaux réalisés sur plusieurs sites et les chantiers de transferts des collections, cette activité s'est intensifiée ces dernières années. Elle est menée à l'intérieur des départements, en particulier pour les départements spécialisés, ainsi que sur le site de Bussy Saint-Georges qui dispose d'une station intégrée de dépoussiérage sanitaire. Cette station a assuré en 2010 le dépoussiérage de 12 m3 de documents.

Afin d'assurer un contrôle sanitaire des collections, les magasins et les salles font l'objet d'une surveillance constante et des contrôles microbiologiques réguliers permettent de détecter en amont les sources de contamination. Signalons l'importance du local de quarantaine mis en place notamment pour accueillir les dons entrants à Bussy Saint-Georges, en dépit de sa capacité limitée.

Enfin, la désacidification, définie depuis plusieurs années comme une priorité pour la sauvegarde des collections et désormais conçue dans une optique préventive, est réalisée à la fois en interne avec la station du Centre Joël-Le-Theule à Sablé-sur-Sarthe et en externe dans le cadre d'un marché pluriannuel. En 2010, à la production interne de 4 421 kg (10 353 unités de conservation) s'est ajoutée une production externe de 6 299 kg (4 925 UC), pour un total de 10 720 kg (15 278 UC).

La conservation curative

Restauration et reliure main

Les activités de maintenance et de restauration sont assurées soit dans les ateliers internes soit en externe.

Le nombre de volumes traités en restauration, maintenance et consolidation est de 2 508, en forte augmentation   (27%) par rapport à 2009, en raison notamment du financement par le titulaire du marché de numérisation de masse de la réparation de 266 documents en retour de numérisation.

Le nombre de documents en feuilles réparés physiquement (137 270 feuilles) a connu cette année une augmentation de 12%, due notamment à l'augmentation de la production des ateliers de thermocollage du Centre Joël-Le-Theule et du site de Bussy Saint-Georges (préparation de reproduction de la presse).

Les travaux de reliure artisanale sont réalisés dans un atelier de la Bibliothèque et grâce à des marchés extérieurs de reliure main « courante » ou plus soignée (« de qualité », pour la Réserve des livres rares) ou de montage sur onglets. En 2010, 2 649 reliures ont été ainsi produites (hors fac-similés) ; 80% de la production totale l'a été en prestations extérieures.

Parmi les chantiers remarquables conduits par les ateliers de la BnF, notons la poursuite à un rythme très satisfaisant du montage et de la restauration des maquettes de décors en volume de la Bibliothèque-m usée de l'Opéra. Environ 25 maquettes ont ainsi été restaurées, montées, mises en exposition et numérisées (en augmentation par rapport à 2009). Autant ont été démontées et reconditionnées. Pour la première fois depuis la mise en place de ce chantier, des maquettes du fonds moderne ont été choisies et restaurées pour l'exposition L'ère Liebermann à l'Opéra de Paris. Ce travail constitue un nouveau domaine de compétence pour l'équipe de ce chantier, par la diversité des matériaux souvent peu pérennes et différents du papier, qui constituent ces objets.

À côté de ces travaux portant sur les collections de la BnF, les ateliers restaurent également des documents prestigieux pour des établissements extérieurs : ce type de restauration sur des documents inhabituels renforce le savoir-faire des ateliers, notamment en leur confiant des documents faisant appel à des techniques particulières (volumes sur parchemin, et/ou comportant des ais en bois, comme par exemple les manuscrits carolingiens de la bibliothèque municipale de Valenciennes) ou des documents spectaculaires (Description de l'Égypte : exemplaires de la bibliothèque de l'Assemblée nationale avec reliure à décor à l'égyptienne). La participation de plusieurs spécialistes de la BnF au comité national de restauration du Ministère de la Culture et de la communication (service du livre et de la lecture) permet aussi à l'établissement de diffuser progressivement ses préconisations techniques auprès des restaurateurs et des bibliothécaires extérieurs.

La station de désinfection

Après avoir rencontré des problèmes techniques lourds, la station de désinfection installée à Bussy Saint-Georges a repris en 2010 un fonctionnement normal dans le respect de procédures de sécurité très strictes, avant son arrêt fin avril pour un contrôle décennal (jusqu'en avril 2011). Pendant ces quatre mois, elle a toutefois assuré la désinfection de 16 m3 de documents, dont 2 m3 pour des établissements extérieurs. Ajoutons à ce chiffre 45 objets très divers qui ont été désinsectisés par anoxie. Le département des Arts du spectacle a été le principal bénéficiaire de cette activité de désinsectisation.

Il faut rappeler qu'autour de cette station ont été développés des services qui permettent au Centre technique de la BnF de proposer une véritable chaîne de suivi et traitement sanitaire pour les documents de l'établissement et d'autres bibliothèques. Le laboratoire d'analyse assure le suivi environnemental et sanitaire des magasins et collections, il répond aux demandes d'expertises, réalise des analyses, édicte des préconisations. Un local de quarantaine opérationnel accueille les fonds infestés ou les dons pour examen préalable. Un atelier de dépoussiérage et une station d'anoxie (suppression de l'oxygène) complètent le dispositif.

Reproduction de sauvegarde

Certains travaux de transfert de support (micrographie et numérisation) sont effectués sur des critères et à des fins explicites de sauvegarde, essentiellement par des ateliers internes à l'établissement. Ces prestations permettent de répondre aux exigences quotidiennes de la communication des documents et de mener des campagnes systématiques de traitement pour des fonds dégradés. Il s'agit des activités de reproduction micrographique (microfilms exclusivement depuis le début 2009) ou numérique (cf. « Programmes internes de numérisation » : 2.1.2) pour les collections imprimées et du plan de sauvegarde audiovisuel.

La numérisation à grande échelle de documents imprimés et des collections spécialisées (cf. « Marchés de numérisation » : 2.1.2) participe également à la sauvegarde des documents ; en effet, les spécifications techniques exigées pour le traitement de ces documents garantissent la conservation pérenne des documents numériques.

Sauvegarde micrographique pour les imprimés et la presse

Poursuivant le mouvement de bascule numérique, la micrographie continue de décroître dans les ateliers de la BnF, entraînant également une diminution des effectifs dans les équipes dédiées. Deux marchés apportent un complément à la production réalisée en interne :

microfilmage de cahiers factices de la presse quotidienne régionale (PQR). Ce marché représente 235 324 vues sauvegardées. Il s'est interrompu début août du fait de la cessation d'activité de la société titulaire ;

microfilmage des collections de périodiques anciens de la BnF. Ce marché, reconduit en fin d'année, a permis la production de 430 981 images sur trois mois de production.

Au total, ces marchés ont permis de réaliser à eux seuls 666 305 images de sauvegarde cette année, soit plus d'un tiers de la sauvegarde micrographique dans son ensemble.

Activités de reproduction – micrographie (en nombre d'images, 1 image = 2 pages)
2008 2009 2010 Évolution2009/2010
Total 3 562 798 2 815 398 1 944 246 -31%
Micrographie réalisée en interne 2 160 655 1 704 963 1 277 941 -25%
Micrographie réalisée en externe 1 402 143 1 110 435 666 305 -40%

Sauvegarde micrographique pour les collections spécialisées

La reproduction des documents des collections spécialisées a basculé depuis plusieurs années vers le numérique (cf. chapitre 2), la reproduction micrographique (microfilms) n'étant plus adaptée au traitement des documents graphiques et manuscrits souvent en couleurs. Une partie cependant de la sauvegarde est encore réalisée en interne sous forme micrographique et concerne des collections qui ne sont pas prises en charge dans le cadre des programmes de numérisation. Elle porte également sur des urgences de communication ou de sauvegarde (documents de réserve, partant pour exposition ou en restauration…).

Sauvegarde pour les documents audiovisuels

Le plan de sauvegarde s'appuie essentiellement sur des prestations extérieures (qui assurent 84% de la production pour le son et les images fixes) que complètent les travaux des ateliers internes du département de l'audiovisuel (sur les sites de François-Mitterrand et Bussy Saint-Georges). Les travaux de sauvegarde des documents électroniques (1 022 supports) sont entièrement réalisés en interne.

Le nombre total de documents numérisés au titre du Plan de sauvegarde en 2010 est de 101 901 documents : 88 933 documents sonores et 12 968 documents vidéo. L'accroissement de ces chiffres par rapport à ceux de 2009 est principalement dû au marché des CD Audio (année pleine) et au démarrage, en interne, des copies de DVD Vidéo du dépôt légal.

La numérisation des documents sonores réalisée en interne (6% de la production) se concentre sur les travaux délicats (bandes magnétiques) ou peu nombreux (DAT), les extractions de CDR, les commandes internes échelonnées dans le temps (reproductions à la demande d'usagers, expositions). Le reste des travaux de numérisation des documents sonores est assuré par deux marchés en nombre des cassettes audio et des CD audio, ainsi qu'un marché test de 78 tours, et un traitement spécifique des « bandes crissantes ». 

Pour les documents vidéo, la numérisation est majoritairement réalisée en interne (86%).

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