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Histoire de ma vie - Giacomo Casanova
© BnF / Manuscrits
Jamais encore l’acquisition d’un manuscrit n’a suscité un tel enthousiasme dans la presse et auprès du public. « Giacomo Casanova, une loterie ! », « La Bibliothèque nationale de France, 123e conquête de Casanova », Casanova a séduit la Bibliothèque nationale » : c’est avec enthousiasme, et non sans humour, que de très nombreux articles ont salué cette prestigieuse acquisition. Classé « Trésor national » en 2008, le manuscrit de l’Histoire de ma vie, de Casanova, a, en effet, pu être acquis en février 2010 grâce au mécénat. C’est l’aboutissement d’une aventure extraordinaire à plus d’un titre.
Si Casanova publie des récits autobiographiques dès 1780, il ne commence vraisemblablement à rédiger l'Histoire de ma vie qu'en 1789. Une première version, rédigée en quatre ans, relate les événements de sa naissance à 1772. Pour répondre à la demande du Prince de Ligne, curieux de lire ces mémoires, Casanova se livre, à partir de 1794, à un minutieux travail de révision de son manuscrit. L'ensemble, rédigé en français, langue des Lumières, constitue alors une fresque haute en couleurs des aventures du mémorialiste, de son époque et de ses contemporains. En effet, le récit nous conduit en Italie, en France, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, en Espagne et en Russie. Casanova rencontre Voltaire, Rousseau, Frédéric II à Potsdam ou encore Catherine II à Saint-Pétersbourg mais aussi, bien sûr, toutes ses conquêtes, actrices, femmes du monde, servantes…
À la mort de Casanova, le 4 juin 1798, le manuscrit resté inédit est recueilli par son neveu, Carlo Angiolini. Ce dernier l'emporte avec lui à Dresde et ce sont ses enfants qui le cèdent à leur tour à l'éditeur Brockhaus en janvier 1821. Le texte des mémoires connaît alors bien des avatars, et traductions ou adaptations expurgées et révisées se succèdent pendant 140 ans. Ainsi, de 1822 à 1828, une première édition du texte a-t-elle lieu mais en traduction allemande. Le manuscrit passe alors entre les mains d'un professeur de français de Dresde, Jean Laforgue, qui prépare la première édition française. Elle paraît de 1826 à 1838, mais corrigée des italianismes de l'auteur et sans les passages les plus libertins. Cette version, lue par Stendhal, est aussi celle grâce à laquelle les lecteurs français ont accès au texte jusqu'en 1960. Cette année-là paraît une édition intégrale (édition Brockhaus-Plon), reprise en 1993 en trois volumes dans la collection Bouquins (Robert Laffont).
Jusqu'à son entrée à la BnF, très rares sont ceux qui eurent le privilège de voir ce manuscrit qui échappe de justesse à la destruction au moment des bombardements de Leipzig. Il est alors transporté par camion militaire jusqu'à Wiesbaden, nouvelle adresse de la maison d'édition Brockhaus. C'est finalement à Zürich, en 2007, que le manuscrit est porté à la connaissance de la Bibliothèque nationale de France et qu'une offre de cession lui est faite par le propriétaire de l'œuvre.
L'acquisition a pu être réalisée en 2010 grâce à la mise en oeuvre de la loi du 1er août 2003 relative au mécénat, reconnaissant l'intérêt patrimonial majeur de cet ensemble de manuscrits. Le financement a été entièrement assuré par un mécène qui a souhaité demeurer anonyme.
D'importants projets de valorisation sont liés à cette acquisition prestigieuse. Intégralement numérisées dans le mois qui a suivi l'entrée de l'œuvre dans les collections de la Bibliothèque, les quelque 3 700 pages du manuscrit, qui déroulent nombre de ratures, surcharges, mots et pages biffés, sont dorénavant accessibles en ligne dans Gallica.
Une grande exposition, « Casanova, la passion de la liberté », construite en dix actes, à l'image des dix livres que comporte le manuscrit, se tiendra à partir du mois de novembre prochain sur le site François Mitterrand. Enfin, la Pléiade prépare l'édition critique tant attendue de ce texte dont les publications connurent tant d'avatars.