Les activités européennes et internationales

L’action internationale participe pleinement des missions de la BnF et concoure à l'image d'excellence et d'ouverture de l'établissement, ainsi qu'à sa capacité d'influence à travers le monde. Elle engage les compétences de l’ensemble des directions et services et fait l’objet d’un plan d’action triennal 2017-2020 qui décline les objectifs du contrat de performance en 3 priorités et 18 actions. La valorisation à l'international des collections de l’établissement, de son expertise et de ses données constitue le fil conducteur d'une action fondée sur des valeurs de solidarité, de responsabilité, et d'innovation.

Légende ci-après
Intérieur de la pochette présentant l'offre de services destinée aux partenaires internationaux
© BnF

Décrire, numériser, valoriser des collections à valeur universelle

La Bibliothèque conserve et diffuse le patrimoine national mais également des collections qui, fruit de l’histoire politique et militaire de la France, témoignent de l’intensité de la circulation des œuvres par les voies commerciales, scientifiques et diplomatiques. Il lui incombe à ce titre une responsabilité particulière en matière de description, de conservation, de diffusion et de valorisation de collections qui sont aussi des biens communs de l’humanité.

L’année 2017 a vu l’achèvement d’un programme exceptionnel : la description dans BnF catalogue général des 9 080 imprimés anciens chinois conservés au département des Manuscrits, grâce au partenariat signé en 2015 avec l’Université de Shandong, qui finance également la numérisation de 230 d’entre eux.

La stratégie d’unification numérique vise à réunir un patrimoine documentaire dans un espace virtuel unique, par la numérisation et la médiation, dans l’objectif de donner accès à un patrimoine universel et de promouvoir la coopération internationale.

Reconstituer des patrimoines détruits du fait de conflits ou de catastrophes naturelles constitue un premier volet de cette action. Ainsi, en 2017, la BnF a fait don au gouvernement haïtien des copies numériques du cadastre d’Haïti, détruit lors du tremblement de terre de 2010. Ces documents constituent des sources pour la reconstruction du pays.

Réunir des collections dispersées du fait de circonstances historiques en est une autre expression. Deux projets ont été menés à bien : la numérisation des 1 300 manuscrits hébreux conservés à la BnF, désormais disponibles sur Gallica et sur un site dédié de la bibliothèque nationale d’Israël, aux côtés de 52 000 autres manuscrits hébreux, conservés dans 60 grandes bibliothèques dans le monde ; la mise à disposition de la bibliothèque nationale de Corée, grâce à l’implémentation du protocole IIIF (International Image Interoperability Framework définit un cadre d'interopérabilité pour la diffusion d'images haute résolution), de fichiers numériques des manuscrits coréens conservés à la BnF, désormais accessibles sur la plateforme KORCIS réunissant les livres rares et précieux coréens conservés dans 37 bibliothèques étrangères et 60 bibliothèques coréennes.

Plus inédite sans doute est la création d’ensembles documentaires cohérents intellectuellement mais qui n’ont et ne seront jamais réunis dans le monde physique, dans l’objectif de favoriser l’accès aux sources et une meilleure compréhension d’une histoire connectée. La Bibliothèque francophone numérique, inaugurée en avril 2017, est la première déclinaison à l’international de l’offre Gallica marque-blanche. Cette bibliothèque numérique a vocation à rassembler et à diffuser les documents numérisés des différentes institutions membres du Réseau francophone numérique (26 grandes institutions documentaires). Elle propose une interface de recherche unique pour la consultation de documents numérisés par les grandes institutions francophones dans le monde. Elle offre à certaines d’entre elles, en Afrique et dans les Caraïbes, une plateforme de diffusion ainsi qu’une solution de sauvegarde pérenne. Ce projet a été financé par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), la BnF mettant à disposition son infrastructure et ses compétences.

Réunir des collections complémentaires à celles de la BnF dispersées à travers le monde, en assurer la sauvegarde pérenne, les rendre accessibles partout et à tous, mieux les comprendre à la lumière des recherches les plus récentes, tels sont les objectifs de la nouvelle collection numérique Patrimoines partagés. Échanges diplomatiques, commerciaux, scientifiques, culturels ont en effet tissé les fils des relations entre la France et de nombreux pays dans le monde, une histoire partagée riche de ses convergences et de ses tensions. Les ensembles de documents numérisés y sont organisés, présentés et enrichis par des contributions scientifiques et favorisent, dans un espace virtuel d’échanges et de production, l’émergence de nouveaux savoirs. 2017 a été marquée par le lancement des deux premiers portails de la collection : France-Pologne et Bibliothèques d'Orient.

Ouverture de Bibliothèques d’Orient

Enfin, le projet Europeana Sounds, achevé en février 2017, est devenu une adresse incontournable pour qui s’intéresse au patrimoine sonore de l’Europe. Il offre plus de 600 000 enregistrements audiovisuels ainsi que 300 000 objets liés à ces enregistrements, issus d’une vingtaine de partenaires européens, accessibles depuis Europeana. La BnF participe au projet The Rise of literacy, retenu en 2017 par la Commission européenne, consacré à la construction de l'Europe des savoirs.

Avec plus de 870 000 pages numérisées et des centaines de pages de médiation créées en 2017, ces réalisations viennent enrichir significativement l’offre documentaire de Gallica et contribuer au financement de la numérisation (982 000 € de recettes extérieures). La collection Patrimoines partagés dynamise la coopération avec les bibliothèques françaises et étrangères. Dès 2018, une dizaine d’entre elles rejoindront les projets de l’établissement, dont celles des Archives diplomatiques, du Collège de France, de l’Université Paris 7 ou encore des bibliothèques municipales de Lyon et de Nancy et les bibliothèques universitaires d’Harvard, de Yale et de Columbia. Elles inaugurent de nouvelles modalités de travail avec le monde de la recherche. Les chercheurs y ont joué un rôle directement opérationnel, à travers des conseils scientifiques dont le rôle dans la sélection et la médiation des contenus a été déterminant. Enfin, elles contribuent largement au rayonnement international de la BnF. Présentées par la présidente de la BnF, en août 2017, devant la Conférence des directeurs des bibliothèques nationales (CDNL), elles ont suscité de nombreuses propositions de collaboration et contribuent à la mise en œuvre par la France de la Recommandation concernant la préservation et l’accessibilité du patrimoine documentaire, y compris le patrimoine numérique adoptée par l’UNESCO en 2015.

Valoriser et partager une expertise largement reconnue sur la scène internationale

La BnF s’inscrit résolument dans la démarche de valorisation de l’expertise culturelle française à l’international engagée par le ministère de la Culture. Ainsi, la BnF est avec le Louvre un des plus importants prêteurs du Louvre Abou Dhabi, par le nombre et la diversité des pièces (123 pièces pour la collection permanente, 3 expositions sur le triennal 2018-2021). Si l’itinérance internationale de nos expositions reste délicate pour les supports papier, il faut signaler la circulation des expositions Trésors de Berthouville et Martin Karpus.

Cet engagement s’est également traduit par la formalisation d’une offre d’expertise spécifiquement dédiée aux partenaires internationaux qui se décline sous trois formes : la formation et l’accueil de professionnels, l’accompagnement en expertise et les prestations numériques. La Foire du livre de Francfort, dont la France était cette année l’invitée d’honneur, a été l’occasion pour l’établissement de valoriser largement son offre technologique et culturelle.

Elle se positionne par ailleurs comme un acteur solidaire pour la protection du patrimoine documentaire en danger. En 2017, suite à une mission d’expertise au Liban, 3 manuscrits et 1 imprimé essentiels pour le patrimoine des églises orientales ont été numérisés grâce à la générosité des mécènes et aux compétences du département de la Conservation. Ces documents ont été présentés dans l’exposition Chrétiens d’Orient à l’Institut du Monde Arabe et diffusés dans Bibliothèques d’Orient. Une mission d’expertise a également été menée au Mali dans la continuité de l’accompagnement que la BnF apporte depuis 2013 à la sauvegarde des manuscrits de Tombouctou. Enfin, un important don de matériel a été réalisé pour la restauration du fonds sonore de la Bibliothèque nationale de Cuba.

L’activité de transfert de compétences s’est poursuivie. 24 collègues ont été accueillis cette année pour des formations : programme Courants du monde et Profession Culture du ministère de la Culture, formations organisées dans le cadre des projets Bibliothèque francophone numérique et Bibliothèques d’Orient. Au sein du programme Profession Culture, ont notamment été reçus M. Makhone Touré, chef de la division des Archives contemporaine et responsable du bureau d’études aux Archives nationales du Sénégal, sur la préservation de la presse coloniale éditée en Afrique Occidentale Française (AOF) conservée à Paris, à la fois pour un inventaire croisé des collections et pour une sélection de ressources disponibles dans Gallica, ainsi que M. Gaétan Somé, chef de l’unité scanner film 35 mm/16 mm et d’étalonnage à l’Institut Imagine du Burkina Faso, dans le cadre du projet Capital numérique avec l’Organisation internationale de la francophonie.

En 2017, la BnF, la Bibliotheca Alexandrina, l’Université Senghor, l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques et l’Association des amis des Bibliotheca Alexandrina en France ont signé un protocole d’accord pour la création d’un diplôme universitaire en sciences de l’information et des bibliothèques (DUSIB), équivalent Master 1. Cette formation s’adressera à des personnes francophones en Afrique et au Moyen-Orient. La BnF interviendra notamment en tant que bibliothèque d’application pour l’accueil des stages pratiques. Les inscriptions ouvrent en 2018.

Des succès encourageants pour la stratégie de coopération scientifique et numérique

Grâce à sa politique ouverte de données, la BnF est l’un des principaux contributeurs de l’écosystème mondial de la donnée : avec 20 millions de notices dans Worldcat, le catalogue collectif mondial, 2,7 millions de documents dans Europeana, la bibliothèque numérique européenne, 4,3 millions de documents dans Gallica et le développement de data.bnf.fr, elle contribue de manière décisive à la diffusion des contenus francophones sur le web.

Son implication dans 65 organisations internationales lui permet d’influer sur les évolutions technologiques et normatives du secteur. Elle est ainsi un acteur clef du développement des protocoles IIIF et OAI-PMH, ainsi que des identifiants VIAF, ISNI, ISSN et ARK. Ces identifiants permettent de définir au niveau international les identités publiques des personnes ou des organismes impliqués dans la création, la production, la gestion et la distribution de contenus intellectuels et artistiques ou l’identification univoque de ces contenus. Ils sont un enjeu non seulement pour les institutions mais aussi pour les industries culturelles. Ainsi, le modèle économique d’ISNI est fondé sur le principe de contributeur-payeur et va à l’encontre de l’économie des données sur le web et des intérêts de l’établissement. L’avenir de VIAF, dont une étude en 2015 a montré qu’elle est la ressource documentaire en linked data la plus utilisée par les acteurs de la culture et du patrimoine sur le web, est toujours dépendant des projets d’OCLC à moyen terme. Dans la lignée d’une lettre ouverte à OCLC rédigée conjointement par la BnF et la British Library en 2016, un sommet réunissant des bibliothèques nationales européennes, des bibliothèques universitaires américaines et OCLC s’est réuni à Londres en février 2017. Enfin, avec 12 agents élus dans des sections stratégiques de l’IFLA, la BnF contribue à l’évolution des standards de description des documents tels que l’Encoded Archival Description (EAD) et le Ressource Description and Access (RDA, FRBR).

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