Ce que « venir à la BnF » veut dire… pour vingt étudiants en design

Dans le cadre de la démarche innovation lancée fin 2015, et avec le soutien du Secrétariat général à la modernisation de l’action publique (SGMAP), la BnF a constitué le terrain d’application de l’atelier de projet « INFORME », à l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI) au printemps 2016. Vingt étudiants en design ont chacun élaboré un projet, sur le thème « Venir à la BnF ».

Légende ci-après
Projet _Underscore de Roman Weill

En interne, ce sujet ravive des questions récurrentes : la (mé)connaissance de la bibliothèque, la signalétique et l’implantation, l’orientation dans le hall d’entrée, les procédures d’habilitation, etc. Après une semaine sur site, un mois d’exploration, et trois mois de travail, les étudiants ont résolument élargi cette perspective. Ils parlent de sortir des murs, d’exploration et de manipulation des documents, d’échanges entre les usagers. Retour sur ce que ces étudiants disent de la bibliothèque et sur ce que ce partenariat apporte à l’établissement.

Observation et construction

Les étudiants designers se sont nourris de la BnF pour la découvrir : immersion sur place, conversation avec les usagers, réunion avec la directrice générale et rencontres avec des collègues. Au terme d’une semaine à arpenter les couloirs, ils exposent leur compréhension des usages et des publics identifiant deux axes d’analyse : les usages, entre loisir et travail ; les profils, entre experts et novices. Chaque étudiant a ensuite formalisé un projet d’intention portant sur un type d’expérience donnée. Les trois mois suivants ont visé à concrétiser ce projet par des maquettes, des prototypes, des scénarios d’usages.

Trois points ressortent de cette manière de faire : l’attention à l’expérience usager (prendre le point de vue du primo-arrivant pour s’inscrire, se mettre à la hauteur d’enfant pour venir à un atelier, etc.) ; la matérialisation des concepts et idées (dessiner des scénarios d’usage, faire des maquettes de support) et la transformation progressive ou radicale du projet d’intention à l’épreuve de cette matérialisation. Pour la Bibliothèque, il ne s’agit pas tant d’ingérer elle-même ces compétences spécifiques, que de savoir y recourir quand une question le justifie : la collaboration avec l’ENSCI nous montre que nous ne sommes pas designers, mais que nous pouvons travailler avec ces expertises.

Projet #

Venons-en à ce que les étudiants proposent concrètement. Les projets se regroupent autour de six thèmes. Trois projets parlent de l’accès et de l’information sur la bibliothèque : le hall d’accueil, le plan d’orientation, l’agenda des manifestations sont passés au filtre de l’œil graphique et pratique des étudiants. Le thème « étudier et chercher » regroupe des installations propices au travail et aux pauses avec un projet sur les modalités de recherche de contenus par l’association d’images dans le catalogue. Avec les contenus, quatre étudiants proposent différents modes de réappropriation et production, que ce soit pour des enfants ou pour un projet artistique. Le thème « médias et médiation » regroupe plus particulièrement des projets utilisant les collections pour illustrer l’actualité, pour interagir avec des amis, pour créer un mur de cartes postales, pour alimenter un moteur de recherche d’émotions, ou pour jouer sous la forme d’enquête dans la bibliothèque. Un autre axe de médiation est envisagé, celui qui consiste à permettre aux publics de la BnF d’interagir entre eux, sur un réseau socio-numérique ou dans un espace modulaire de rencontre et débat. Enfin, le dernier thème s’intéresse aux activités hors les murs, que ce soit sur l’esplanade pour animer le quartier, à travers la mise en espace de bibliographies ou par des partenariats avec des labels de musique. Deux constantes se retrouvent dans plusieurs de ces projets : l’une est l’orientation et l’appropriation des objets des collections ; l’autre, les sociabilités autour des documents et de la culture en général.

Qu’en est-il de ces projets pour l’avenir ? Certaines propositions sont quasi opérationnelles, comme la révision du plan d’accès. D’autres constituent des projections, qui serviront néanmoins d’écho ou de repère, par exemple pour la recherche par images ou par émotions. Entres les deux, certains projets offrent une base pour d’autres réalisations, comme l’idée d’enregistrer des lectures de documents par exemple. Au-delà de l’expérience des méthodes de design, l’institution peut donc puiser dans ces vingt réalisations étudiantes de quoi penser les publics de la BnF non pas seulement à travers leur fréquentation mais plus globalement en termes d’usage et d’expérience.