France-Angleterre 700-1200, manuscrits médiévaux de la BnF et de la British Library, un programme de la Fondation Polonsky

La BnF possède l’une des collections les plus riches au monde de manuscrits remontant aux premiers siècles du Moyen Âge. Depuis de nombreuses années, elle s’efforce de rendre ce patrimoine accessible à un large public par le biais du catalogage, de la numérisation et de la restauration des manuscrits. Ce travail connaît aujourd’hui une avancée considérable grâce à un mécénat exceptionnel de la Fondation Polonsky, organisation anglaise qui soutient des projets dans les domaines du patrimoine culturel. Mené en partenariat avec la British Library, ce programme a débuté courant 2016 et s’achèvera fin 2018.

Légende ci-après
BnF – Département des Manuscrits

Les 800 manuscrits (400 dans chaque institution) faisant partie de ce programme ont été sélectionnés en fonction de leur importance pour l'histoire des relations franco-anglaises au Moyen Âge dans les domaines de la pensée et de l’art, à l’image des manuscrits normands, ainsi que pour leur intérêt artistique, historique ou littéraire. Produits entre le VIIIe et la fin du XIIe siècle, ils couvrent des domaines très variés et représentatifs de la production intellectuelle du haut Moyen Âge et de l’époque romane : Bibles, livres d’Évangiles, liturgie, Pères de l’Église, vies de saints, chroniques, traités d’astronomie, de musique, corpus de droit… Parmi ceux-ci, on peut signaler quelques précieux témoins somptueusement enluminés, tels le Bénédictionnaire de Winchester des environs de l’an 1000 (BnF latin 987), un livre d’Évangiles de Saint-Bertin de la seconde moitié du XIe siècle (BnF latin 278) ou le Psautier anglo-catalan de Cantorbéry des environs de 1200 (BnF latin 8846).

Ce programme nécessite plusieurs opérations scientifiques et techniques de description, restauration et numérisation des manuscrits. Une équipe de spécialistes des manuscrits médiévaux décrit scientifiquement les manuscrits dans BnF archives et manuscrits en s’attachant en particulier à livrer des informations aussi précises que possible sur la datation et le lieu d’origine des manuscrits, le contenu intellectuel, l’écriture et le décor et à retracer leur histoire à travers les siècles, depuis leur exécution jusqu’à leur entrée à BnF. Des éléments de bibliographie et des liens vers des référentiels d’autorité permettant de normaliser les descriptions viennent compléter les notices des catalogues.

Parallèlement à ces descriptions, 82 manuscrits ont fait l’objet, en raison de leur fragilité ou de leur mauvais état, d’une campagne exceptionnelle de restauration au cours de l’année 2017. Ce travail de restauration porte à la fois sur les feuillets de parchemin et les reliures. Parmi les manuscrits restaurés, trois se distinguent par leur valeur artistique et mémorielle. Ce sont des livres liturgiques de l’époque carolingienne ou post-carolingienne qui, en raison de leur statut d’objets sacrés, ont reçu de somptueuses reliures d’orfèvrerie formées d’éléments et de matériaux composites de dates et provenances diverses. Celles-ci ont bénéficié d’un nettoyage en profondeur des parties métalliques et des ivoires. L’un des résultats les plus spectaculaires de cette opération est offert par le Missel de Saint-Denis (BnF latin 9436), un manuscrit du XIe siècle qui a reçu dans l’abbaye de Saint-Denis deux plats de reliure datant du IXe au XVe siècle. Au plat supérieur, les deux figurines d’ivoire de morse de l’école palatine de Charles le Chauve représentant la Vierge et saint Jean (le Christ en croix au centre a disparu) ont retrouvé leur éclat d’origine, de même que la feuille d’or gravé, repoussé, filigrané et orné de pierres précieuses et de perles des XIe-XIIIe siècles sur laquelle elles ont été remontées. Le prêt de deux reliures précieuses de la BnF au Musée du Louvre (1er novembre 2017-2 juillet 2018), ainsi que celle des Évangiles de Metz (BnF latin 9391), également restaurée dans le cadre du programme Polonsky, dans le cadre d’une opération de partenariat destinée à valoriser les collections de la BnF hors les murs, permet aujourd’hui d’admirer ces documents dans les salles du département des objets d’art, où elles dialoguent avec les œuvres médiévales provenant des trésors de Saint-Denis et de Metz.

Un autre volet technique important du programme concerne la numérisation des 400 manuscrits de la BnF et leur mise en ligne dans la bibliothèque numérique de la BnF, Gallica. En complément de cette opération de numérisation, deux sites seront lancés fin 2018 :

  • un site multilingue créé par la BnF à partir de l’infrastructure Gallica marque blanche pour proposer la visualisation de l’ensemble des manuscrits du corpus à l’aide de la technologie IIIF et le visualiseur Mirador qui favorisent l’interopérabilité des données, un domaine dans lequel la BnF est experte ;
  • un portail créé par la British Library à destination du grand public pour valoriser une partie des manuscrits autour d’axes thématiques.

Une publication en anglais sur un ensemble choisi de manuscrits enluminés et un colloque international (Paris, BnF, 21-23 novembre 2018) clôtureront ce projet à la fin de l’année 2018. Un film présentant ce programme complètera sa valorisation auprès du grand public.

Ce programme s’articule par ailleurs avec un certain nombre d’autres manifestations autour de l’art du haut Moyen Âge, comme l’exposition déjà évoquée, sur les reliures précieuses de la BnF au Louvre (1er novembre 2017-2 juillet 2018) ou celle, à venir, sur les manuscrits anglo-saxons à la British Library (19 octobre 2018-19 février 2019).

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