Les Troyens d’Hector Berlioz, acquisition et concert exceptionnel

La partition manuscrite de la réduction pour chant et piano de l’opéra Les Troyens d’Hector Berlioz, considérée comme perdue depuis plus d’un siècle, a été classée Trésor national. Elle est entrée dans les collections de la BnF grâce au soutien de Mécénat Musical Société Générale, mécène principal, complétant la plus importante collection au monde consacrée au compositeur. Cette acquisition a donné lieu à un concert inédit dans la Salle Ovale du site Richelieu.

Légende ci-après
Concert – Les Troyens de Berlioz dans la salle Labrouste à Richelieu
© David Paul Carr / BnF

L'acquisition du manuscrit de la partition pour piano et chant de l'opéra Les Troyens d'Hector Berlioz.

Durée : 3 min 58 s

Un manuscrit exceptionnel

Toute sa vie, Hector Berlioz avait rêvé de cet opéra des Troyens qu’il élabore entre 1856 et 1858 en cinq actes grandioses, puisant aux sources de Virgile et de Shakespeare, de Gluck et de Spontini. Berlioz met en œuvre dans les Troyens un art consommé de l’instrumentation, dont il a renouvelé la pratique en profondeur. Sa conception novatrice et unificatrice de l’orchestration rend particulièrement intéressante l’étude de ces réductions pour piano, qui en sont la traduction.

Ce manuscrit exceptionnel témoigne de la méthode employée par Berlioz pour construire l’opéra Les Troyens. Il s’attelle aussitôt à la réduction pour chant et piano, corrigeant le manuscrit de la version orchestrale au fur et à mesure qu’il avançait dans l’écriture du piano chant. Les deux manuscrits se répondent donc, les corrections portées dans l’autographe orchestral trouvant leur source dans le « piano chant ». Ainsi, l’étude des collettes, des passages corrigés, l’intervention de différentes mains, la présence de scènes supprimées plus tard, vont apporter une connaissance irremplaçable du processus d’écriture de cette œuvre.

Véritable chaînon manquant, le manuscrit témoigne aussi d’une version originale de l’œuvre, en cinq actes, avant que Berlioz n’ait été obligé de réorganiser sa partition pour les besoins de la représentation au Théâtre-Lyrique en 1863, où seuls les trois derniers actes, rebaptisés Les Troyens à Carthage, furent joués avec de nombreuses coupures.

Le manuscrit comprend quatre des cinq actes de la pièce, le deuxième ayant disparu dans des circonstances inconnues : 596 pages écrites sur des cahiers à musique largement annotées essentiellement par Berlioz lui-même et peut-être aussi, fait rarissime, par son amie et interprète, la célèbre mezzo-soprano Pauline Viardot.

Le plus bel ensemble berliozien au monde

Ce manuscrit prend place aux côtés du manuscrit orchestral déjà conservé au département de la Musique de la BnF, qui possède le plus bel ensemble berliozien au monde. A la BnF se trouvent 44 manuscrits musicaux autographes de Berlioz : outre les opéras légués au conservatoire, les manuscrits de la Symphonie fantastique, Harold en Italie,Roméo et Juliette et laGrande symphonie funèbre et triomphale, mais aussiBenvenuto Cellini, le Requiem, de nombreuses Mélodies, Sardanapale… La BnF conserve aussi le manuscrit (fragmentaire) du célèbre Traité d’instrumentation et son édition originale, des manuscrits de copistes annotés par Berlioz, des épreuves corrigées de ses nouvelles, ainsi qu’une abondance correspondance du compositeur (plusieurs centaines de lettres autographes) et la totalité de son œuvre critique, publiée dans le Journal des Débats. Le fonds Berlioz de la BnF comprend également toute une variété de documents iconographiques : des photographies du compositeur, des portraits et des caricatures, des gravures inspirées par ses opéras, les maquettes de décor et de costume de toutes les productions des Troyens à l’opéra de Paris…

Un concert unique

Point d’orgue des festivités pour célébrer cette redécouverte de ce manuscrit, la salle Ovale du site Richelieu a accueilli un concert inédit. Pour la première fois, des extraits des Troyens, dans leur version pour piano et chant, ont été interprétés par des musiciens et chanteurs de renom : Karine Deshayes, Yanis Benabdellah, Cyrille Dubois, Jeff Cohen et l’Ensemble Aedes, sous la direction de Mathieu Romano. Le concert a été diffusé en direct sur France Musique le 29 mars.