Une entreprise collective : conservation et valorisation du don Messiaen

De 2014 à 2017, plusieurs services et ateliers du département de la Conservation ont longuement travaillé pour mettre en état de bonne conservation et valoriser un don prestigieux fait aux départements de la Musique et de l’Audiovisuel.

Légende ci-après
© Emmanuel Nguyen Ngoc / BnF

La fondation Olivier Messiaen, créée en 1995 par sa veuve dans le but de promouvoir l’œuvre du célèbre compositeur, a légué en 2014 une partie des archives personnelles de ce dernier aux départements de la Musique et de l’Audiovisuel de la BnF. Le fonds avait subi plusieurs dégâts des eaux. D’une volumétrie totale estimée à environ 125 mètres linéaires (ml), il est composé d’environ 20 ml de documents audiovisuels (archives sonores sur cassettes ou bandes magnétiques, vinyles et disques compacts), d’environ 110 ml de documents graphiques (livres, partitions imprimés, partitions manuscrites, archives imprimées et manuscrites, correspondances professionnelles et personnelles, affiches, photographies) et de plus de 150 objets (médailles, prix, fac-similés de manuscrits encadrés, tableaux, dessins, collection de minéraux, oiseaux empaillés, objets religieux, crucifix, gravures sur bois, objets de valeur offerts par différents pays, objets intimes tel que ses lunettes, vêtements et alliance…).

L’entrée de ce don prestigieux est une occasion de mettre en lumière le rôle souvent mal connu de plusieurs équipes dont le travail, effectué en lien étroit avec les départements de collections bénéficiaires, permet seul une entrée sécurisée des dons dans les magasins de la BnF, puis leur gestion et leur valorisation dans de bonnes conditions.

Le laboratoire scientifique du département de la Conservation a réalisé une première expertise sanitaire de ce don en 2014 directement dans l’appartement. Un tri a été effectué afin d’établir ce qui serait conservé et transféré à la BnF ou à la Fondation Olivier Messiaen.

Les documents transférés à la BnF ont été acheminés vers les différents services en fonction de leur état de conservation et leur état sanitaire. Les documents ne présentant aucun risque sur le plan sanitaire ont été confiés directement aux départements de la Musique (25 ml) et de l’Audiovisuel (8 ml) pour dépoussiérage.

La partie du fonds qui présentait un risque sur le plan sanitaire (présomption de présence d’insectes ou de moisissures actives) a suivi la chaîne sanitaire du département de la Conservation sur le site du Centre technique de la BnF (CTBnF) à Bussy-Saint-Georges, pendant un an et demi. Trois filières ont été définies en fonction de l’état des documents et de leurs besoins de traitement, déterminés notamment en fonction de l’état sanitaire et des résultats des analyses opérées par le laboratoire :

  • dépoussiérage seul pour l’ensemble des documents empoussiérés, peu ou pas contaminés mais se trouvant à proximité de documents contaminés : 56 cartons de partitions, d’ouvrages et de documents graphiques et plus de 200 affiches ont été traités ;
  • anoxie (traitement de désinsectisation par suppression de l’oxygène dans une poche étanche) puis dépoussiérage de l’ensemble des objets : 154 objets ont été anoxiés ;
  • désinfection à l’oxyde d’éthylène puis dépoussiérage de l’ensemble des documents contaminés : 8 cartons de cassettes et bandes audio ont été traités pour le département de l’Audiovisuel et 14 cartons de partitions pour le département de la Musique.

Tous les documents désinfectés ou anoxiés ont été ensuite dépoussiérés à l’aspirateur, page à page, et parfois gommés légèrement. Une remise à plat et la réalisation de petites réparations se sont avérées nécessaires pour les documents les plus abîmés, toujours dans l’atelier de la chaîne sanitaire. Tous les documents ont ensuite été reconditionnés en pochettes et chemises avant leur retour dans les deux départements de collections.

Afin de faciliter le transport, le magasinage définitif et d’améliorer la protection, de nombreux objets du fonds ont ensuite bénéficié d’un conditionnement sur mesure réalisé par l’atelier spécialisé du service technique (site François-Mitterrand), la grande variété des formes et formats obligeant l’équipe à faire preuve de beaucoup d’ingéniosité et d’imagination. Certains documents ont dû être au préalable consolidés par l’atelier de restauration spécialisé Documents graphiques et maquettes.

Puis le service Restauration a traité 26 documents (25 carnets de notation ou partitions autographes et 1 agenda) pour préparer leur exposition au public. La majeure partie du travail a été consacrée à la restauration des feuillets des partitions (retrait des adhésifs, agrafes, etc. ; défroissage) et en leur montage sur onglets. Les volumes ont reçu une reliure à la Bradel demi-toile avec des plats recouverts d'un papier décoré, créé spécifiquement. Le titrage en long, sur pièce, a été réalisé au carbone noir.

L'ensemble a été ensuite numérisé dans les ateliers internes.

Enfin, l’atelier de préparation des expositions du service Technique a pris une part active au montage de l’exposition d’une partie du fonds qui s’est tenue dans la galerie des donateurs du 17 janvier au 5 mars 2017.

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